Jürgen EHRE

10 janvier 2018

Jürgen EHRE artiste plasticien

Der Zauberkreis peinture 162x130x20cm EHRE 2015

Jürgen EHRE

Artiste plasticien/Künstler

 

Né à Kassel, Allemagne, en 1941

Études de décoration, arts graphiques, décor scénique.

Depuis 1963 réside à Paris

1963-1967 études à l'Ecole Nationale Supérieure des BEAUX-ARTS, Paris :

Peinture, Lithographie, Gravure Atelier : Profs. Jean E. Bersier, Lucien Couteaud,

Eugène Clairin, Georges Dayez.

Malerei, Steindruck, Kupferstich

Réalise de nombreuses expositions en Europe, participations en Angleterre, USA, Asie.

 

Radiographie Singe toile 146x114cm huile acrylique EHRE 1975

Collections Achats :

Musée d’art Moderne de la Ville de Paris : 1970/1986

Bibliothèque Nationale de Paris, Cabinet des Estampes : 1970

F.N.A.C Ministère des Affaire culturelles, Paris : 1972

Musée d’Ixelles, Bruxelles, Belgique : 1972

California College of Arts and Crafts : 1972

Ville de Paris : 1977

 

Collections privées en France, Suisse, Allemagne, USA, Israël, Japon, Danemark, Hollande, Italie

 

L'artiste, dans son œuvre au cours de son travail, est passé par différentes périodes.

Grand Tigre et radiographie toile 195x130cm huile acrylique EHRE 1975  

 

La Période NOIRE :

La première, allant de 1963 à 1980, nous montre dans ses débuts des formes ou entités abstraites se transformant lentement pour apparaître, projetées, sur un écran noir, la toile, servant de fond d'analyse aux corps en état de "gestation" afin de les cristalliser comme radiographiées.

Un monde inquiétant de formes humaines et animaliers dans un univers symbolique où, confronté au miroir du temps, elles témoignent de leur existence par une représentation lumineuse, transparente, presque irréelle qui interroge !

Compositions et formes abstraites légèrement transparentes en blanc sur écran noir qui constitue la toile, telle une radiographie.

Evolution de ces formes abstraites donnant naissance aux formes d’êtres, corps humains et animaliers.

 

Les Novices construction toile bois fers haches 200x140x50cm Jürgen EHRE 1991

 

La Période BLANCHE :

À partir de 1980, se chevauchant jusqu'à 2000, la clarté surgit.

Les éléments se transforment, prennent un autre aspect comme immortalisés à jamais, rayonnant de souvenirs, d'images et de concepts dont la pureté et la blancheur est inspirée de Palerme. Ville sombre et magique, majestueuse d'impressions étranges chargées de mystères et de profondes réminiscences, pénétrées de dévotion et de violence dont l'artiste, au cours de ses voyages, s'est imprégné en relevant le défi de s'en laisser porter et s'inspirer pour son travail.

Travail sur blanc exclusif, utilisant des matériaux divers accumulés : peinture sur tissu blanc et collage d’objets tels le bois, fers, verre et cendres, miroirs, roses séchées, masque à gaz, plumes, donnant l’impression d’un linceul de réminiscences.

Rote Hände Toile-Objet 195x130x15cm EHRE 2007

 

La Période ROUGE :

À partir de 2000 jusqu'à 2008, s'opère un changement, ou plutôt une évolution.

Le Blanc cède sa place au Rouge !

Rouge comme le sang, lourd de signification, rouge comme le coeur, pulsion de vie qui projette l'artiste dans des concepts ambigus et l'y attache littéralement, pris en piège dans son univers.

Travail indéfiniment intime, il est l'écho de son inspiration première.

Travail en prépondérance sur fond de couleur rouge. Fond de prédilection où s’y rapportent tous les objets ayant une connotation symbolique suggérant la couleur rouge comme le rouge d’une blessure, sang de la blessure sur le thème du cœur palpitant de l’homme, la vie …

L'autoportrait "fait à son image" qui commence, déjà, à se refléter dans des jeux de miroirs et d'éclats de verre qui deviennent visibles, dévoilant d'autres facettes, d'autres mondes, ne laissant aucun doute sur l'apparition d'une dernière période dans sa vie, où parmi toutes les périodes confondues les tons vont reprendre vie ensemble :

Le NOIR, Le BLANC, Le ROUGE et L'OR, projetés, animés, ancrés et immortalisés dans le temps qui leur reste pour se manifester.

Grand EX-VOTO avec masque GOLD I Jürgen EHRE 2014

 

La période  « OR »

Les fils conducteurs étaient déjà présents dans les toiles « aux fonds noirs » faisant vibrer et amplifier les images. Depuis, ces fils dorés (peints encore) se sont matérialisés… prendre vie sur la toile en illuminant le fond doré qui désormais émerge des ténèbres, métallique et lumineux … Les éléments ont trouvé leur place sur la nouvelle scène ludique et luxurieuse où la vie se cache derrière le masque théâtral de la mort raillant l’apparition prophétique du dérisoire, contenu dans ce souffle haletant, crépitant et frémissant sous forme de nouveaux « conducteurs » ; Les acteurs apparaissent pour la dernière pièce à jouer. Les costumes, robes, animaux, masques, tissus et osselets, dictent leur loi, ils sont de retour se jetant avec avidité dans le rôle donné.

Celui de faire vivre différemment, de le rendre plastique, plus présent. Par ci, par-là, des cris se manifestent en couleurs, sourdes ou riches, phares dans la nuit aveugle… le rouge est toujours le sang, et les battements du cœur. Le jaune incarne l’esprit… chacune trouve sa signification… Le derme devance le toucher, la plume tressaille de vie renaissante spontanément, les miroirs brisés reflètent le passé, et l’or amène le futur à travers des végétaux stylisés. Les murmures retiennent leur voix pour s’unir en chœur…

Le rideau se lève sur le théâtre de la peinture, une vie soumise au rythme des contrastes s’enrichissant de multiples couleurs absentes, dont seule l’intensité compte.

L’or est le reflet de ce métal où sont gravées les images intransigeantes qui surgissent, afin de se jeter en avant de la scène,  allumant la flamme qui se consume dans sa lumière… sur l’espace inexploré de la tragédie à la farce… comme un tambour à moitié ivre bat la caisse à la tête du cortège… tantôt dépouillé à l’extrême, tantôt gorgé de signes qui fondent sous un même souffle le grotesque et le sublime… le terrible et le bouffon, dans le langage théâtral…

Entre le « macabre » et le baroque, la jubilation de la métaphore, les bases d’un  théâtre fantastique sont jetées… à moins que le rideau ne tombe et le métal se répande alors seul… à s’étaler majestueusement, mystérieusement, transportant des vagues de réminiscences entre le rêve et la veille… en s’illuminant d’or !

HAUCH peinture 130x89cm Jürgen EHRE 2017

 L’espèce de fascination qu’exerce, sur le regard de chacun, la vision radiographique, prouve bien qu’il y a là quelque chose qui dérange. Alors que dénuder un corps, c’est l’offrir aux agressions, ou au désir, en user  comme objet, le radiographier, c’est mesurer ses organes, ses structures, pénétrer en lui, le posséder jusque dans ses zones les plus cachées, ignorées de lui-même.Le regard médical est le plus impudique, sous couvert d’être protecteur.

Toute la peinture de ce sieècle aura été agitée par le souci de dépasser ses contraintes, de pervertir ses moyens. Du cubisme au surréalisme se profile l’espèce de rage d’exprimer une réalité dans sa totalité : physique ici, psychique là ; de crever l’écran de la toile.

Le découpage de l’objet préparant l’abstraction rigoureuse, et l’expression d’uns vie intime, celle d’un lyrisme sans aucune contrainte, et par voie de conséquence, la matériologie : une peinture ayant bientôt sa finalité dans son objet.

Nul n’avait envisagé d’aller plus loin que la toile en usant d’une fiction scientifique, comme le fait Jürgen EHRE. Sa méthode de représentation est plutôt une investigation (imaginaire) au-delà du visible à l’oeil nu. Il pratique une sorte de travail au zoom sur les détails anatomiques, fixant dans un hiératisme et une solennité interne qui deviennent inquiétantes, les structures internes d’un animal aux confins de la morphologie humaine.

Dans cet effet de contraste violent qui se crée avec le noir profond des ambiances radiographiques, et l’éclat du blanc des définitions figuratives qui s’y inscrivent, l’investigation d’EHRE apparaît déjà moins innocente. Et s’il  emprunte à la science ses pouvoirs, s’il mime sa rigeur, c’est pour mieux fixer au pilori de la toile la charge d’angoisse qui justifiait ce choix.

La réalité se résume ici à ce monde fermé des laboratoires où se poursuivent d’étranges expériences qui font du sujet ausculté un prisonnier. Il est dissséqué jusque dans son intimité charnelle. Rien de se qui fait sa nature ne peut échapper à l’observateur.

EHRE a parlé d’image amplifiée. Non qu’il porte celle-ci à une plus grande dimension, mais, surtout à une plus forte intensité. Si le champ d’investigation du peintre se réduit, ici, à l’écran de la radiographie, il épouse en revanche la formidable opération des mutations qu’il enregistre avec une espèce de froideur de laborantin.

Et le peintre nous fait témoin de ce passage d’un état à un autre. D’où le choix privilégié- un temops- du singe devenant homme.

Prisonnier de ce carcan des cadres qui maintiennent dabs un état de passivité le sujet observé (si bien nommé patient) on voit, cependant, outre la diversité morphologique de ce dernier, les attitudes également évoluer, et tout un théâtre s’organiser (s’improviser) dans l’écran d’une cinématographgie fantastique.

Un être antropomophe gesticule derrièe une sorte de tribune. Il est à la fois prédicateur et juge, parfois bouffon, acteur d’un psychodrame où passeront tous les mouvements de la passion. Et c’est cela qui a changé dans la peinture d’EHRE. Elle fut d’abord statique, de strict  observation ; avant de se gonfler de l’intérieur, comme portée par quelque souffle extraordinaire qui anime cet au-delà des miroirs de notre réalité.

Jean-Jacques Lévêque

 

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